Je préfère être utopiste que n'être rien.
Ben ouai
Ça me glace jusqu'au sang, et c'est connu : la majorité – moutonnière, si je veux être cinglante – n'aime pas ceux qui nagent à contre-courant. Je me considère un peu à "placer" dans ce deuxième groupe : des aspirations vegans, anti-misogyne, un peu spirituelle en désaccord avec ma génération du bling-bling selfie-insta-ça-fait-15ans-que-j'ai-pas-ouvert-un-bouquin-j'aime-la-grosse-mouth-de-Kylie-Jenner et j'en passe...
Non pas que tout le monde soit anti-vegan, que tout le monde soit misogyne (les consciences se réveillent, heureusement) non pas que tout le monde souhaite se pulper la lèvrasse pour ressembler à une milliardaire twitteriste...Mais quand même.
Alors forcement, quand tu étales ton opinion sur un sujet houleux et qu'une grande partie de la peuplade est contre ton avis (soit parce que les gens ne pensent pas vraiment par eux-mêmes – enfin d'après moi, ça vaut ce que ça vaut – soit parce que ce sont des trolls) tu as souvent le droit à deux et beaux grands types de phrases, souvent formulées ainsi et totalement contradictoires :
"Tu vois le mal partout"
"C'est beau le monde des bisounours"
En clair, si tu n'as pas les mêmes idées que la masse beuglante, tu es un/une grosse emmerdeuse, un/une férue de la provocation, tu kiffes ta maman de jouer les petit(e)s rebelles. Ou alors : tes idées sont si sympas qu'elles en deviennent co-connes, on vit dans un monde de merde et il le restera, tu savais pas, bitch ?
Lors d'un débat sur le lait, comme je l'expliquais à une fille qui me rabâchait qu'il faut arrêter de chercher des poux à tout et rien, dans la vie tu vois, il faut un peu apprendre à penser par soi-même.
Pourquoi le fait de remettre en question les codes de consommation, les modes de vie, les mentalités, dans un système que tout le monde sait déglingué, ça pose autant problème ?
Par exemple, je ne détiens pas la vérité absolue sur le lait. Mais j'ai mon opinion là-dessus, parce que j'ai cherché. J'ai entendu des sons de cloches différents. J'ai cherché à les entendre.
Marre de dormir.
Et si je prône l'existence d'un monde plus juste, meilleur en félicitant une nana qui a réduit, par exemple, sa conso de viande, parce que l'exploitation animale la dégoûte, je peux me faire insulter par un gars, carrément – oui, oui – parce que j'ai véhiculé un message positif qui va à l'encontre du parfait enfer dans lequel il aime vivre. "Bisounours", m'a-t-il asséné, et si vous lisez le commentaire qui va avec, je peux vous assurer que ça n'a rien d'un compliment
Ce qu'il faut bien que les paysan(ne)s arriéré(e)s à neuf chicots , ainsi que les trolls tout droit sortis du Seigneur des Anneaux comprennent, c'est que remettre en question = pas forcement vouloir jouer les kamikazes. Moi pas être terroriste venue faire sauter ton quotidien idéal. Moi juste meuf cherchant mieux-être, moi cherchant comment vivre, moi marre du système. Moi fatiguée, moi rêvant d'autre chose. Moi tentant d'utiliser – pas toujours avec succès peut-être, mais moi essayer, au moins – cerveau pour essayer de connecter neurones entre eux et voir quelles autres perspectives de vie le monde peut offrir à moi. Moi cherchant ma vérité avant de chercher celle des autres.
Si ça fait de moi une utopiste que de vouloir être plus heureuse, avoir meilleure conscience, vivre dans un monde qui m'inspire, vivre dans la beauté, dans un endroit où on ne crache pas à la gueule des plus faibles, de ceux du bas de l'échelle...
Je préfère être utopiste que n'être rien. Ça, c'est dit.
Si on ne sait pas interroger, ça veut dire qu'on croit ce qu'on a appris. Dans ce cas-là, on est quoi, on est qui ?
Certaines personnes savent au fond d'elles-mêmes que ça ne va pas, mais elles s'accrochent à ce mal-là. C'est que ça leur convient. Réaction étrangement humaine, et émouvante – quand un gobelin mal luné ne vient pas me traiter de bisounours idiot.
Alors, suis-je semeuse de trouble ou honte, à moi, veux-je un monde meilleur ? Choisis, parce que là, je perds patience.
Mais la grande vérité, l'inéluctable et profonde vérité, tu veux que je te la dise, à toi, ô farfadet tonitruant des montagnes industrieuses, machistes, défaitistes et j'en passe ? C'est que dans tous les cas, JE TE FAIS CHIER.
PS : Ce texte contient de l'humour, merci de ne point s'offusquer de la mention des neufs chicots et des bouches grossières de célébrités.

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