Musique : Grouper

 Le chant d'une sirène comme on en trouve peu




Un jour, me promenant sur les plages numériques de facebook – je m'y promène un peu trop, je dois l'avouer – je suis tombée sur une vidéo fascinante. Une de mes amies modèles – je fais de la photo, à mes heures perdues – est soudain apparue sur l'écran, belle comme un spectre dans des paysages de roche et d'eaux froides : un peu de sang pendu aux lèvres, entrée dans le sommeil apaisé d'une Aurore sauvage, un peu gothique. Ce qui rendait si touchante à mes yeux cette enfilade d'images, c'était l'étrange sérénité qui s'en dégageait, due au talent de la vidéaste, à l'incroyable charisme de mon amie, mais aussi à cette musique qui se jouait en fond, accompagnatrice fidèle et effacée. 
Alors j'ai demandé à Mathilde – la jolie modèle, vous l'aurez compris – d'où venait cette musique. "Grouper", m'a-t-elle dit. Sans tarder, je suis allée écouter ce que ce nom cachait, ce qu'il avait dans le ventre. Un coup de foudre intersidéral, voilà le résultat des courses.
Il est difficile de décrire ce qui semble indescriptible, ce qui touche au plus sensible, au plus léger, au plus profond en soi-même. Grouper, de son vrai nom Liz Harris, façonne une musique de bout du monde. Un des titres s'appelle d'ailleurs "made of air". C'est ça : ses chansons sont faites d'air. Elles ne s'écoutent pas, elles s'entendent. Elles accompagnent les silences, les voix d'apaisement, les rédemptions. Elles forment des boucles qui se répètent, inlassables et nouvelles à chaque instant de par les émotions qu'elles procurent. Quelques touches de piano, quelques frôlements d'air, quelques guitares ouvrant des mille-feuilles de conscience pure, quelques chants légers, et voilà. Je me retrouve quelque part en Islande, assise en tailleur parmi les fjords, à regarder nager les grandes baleines à bosse.
C'est tout ça, Grouper. Une douceur froide, des notes méditatives, un appel sur les ondes, la phonétique improbable d'une sirène hors du temps. 
Grouper n'est pas hors de l'espace, elle offre un espace infini. Grouper fait de la musique qui n'en est pas vraiment : c'est tellement plus que ça.

Merci à Mathilde et à la très talentueuse Violaine Loves You, grâce auxquelles j'ai découvert cette artiste éthérée, mélancolique mais incroyablement vivante dans son oeuvre. 

Écouter son dernier album, Ruins, sur Deezer : http://www.deezer.com/album/8342058

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