Ces femmes tues par l'Histoire : 1. Georgiana Houghton
Guidée par une inexorable inspiration, j'ai envie de vous parler de ces artistes femmes aux œuvres novatrices, tout aussi honorables que celles de leurs condisciples masculins. J'ai envie de vous parler de ces femmes dont on a fait taire la voix, le nom, les créations, parce qu'elles étaient des femmes, et que l'art, sujet pris aux sérieux entre tous, n'avait et n'a encore de crédibilité qu'en étant l'instrument des hommes, qui se réservent depuis que la civilisation est civilisation le monopole des démarches de l'esprit, qu'elles soient culturelles, philosophiques, artistiques, théologiques, spirituelles et j'en passe.
Bon, j'exagère peut-être un peu en disant que les femmes ne sont pas vraiment prises au sérieux de nos jours : malgré un bon gros creuset de patriarcat et de misogynie encore présent, les choses tendent à s'arranger un peu. Mais tout de même : au jour de cette révolution, comment se fait-il, qu'à l'heure actuelle, des noms brillent aux détriments d'autres noms, que certains (certaines, en l’occurrence) n'aient le droit qu'à l'oubli quand d'autres paradent encore, fanfaronnent même de leur mort, du profond de leurs tombeaux. Niet.
Il y a une série de documentaires que j'aime beaucoup regarder sur Arte : à chaque "épisode", une artiste femme présente et expose d'autres artistes femmes qui l'inspirent et dont les œuvres la touchent. Pour la féministe que je suis, une aubaine. Et une magnifique occasion de vous parler aujourd'hui de Georgiana Houghton, dessinatrice, photographe et aquarelliste anglaise du 19ème siècle. Cette femme, tout à fait extraordinaire et novatrice, non seulement dans la conception de ses œuvres – oui, parce que la dame, qui ne se maria jamais, était médium et servait de canal spirituel à une entité qu'elle considérait comme son guide pour produire ses dessins, inspirée à un degré plus fort que ceux qui sont simplement connectés au monde et à la nature. On pourrait appeler cela du dessin automatique. Sans être totalement nouveau, ce n'était guère une pratique courante dans le monde de l'art – mais aussi dans les œuvres elles-mêmes, très abstraites pour l'époque. Elle a, chose peu banale là encore, surtout pour une femme, financée elle-même son exposition londonienne de 1871 qui présentait ses aquarelles. Exposition qui a fait grand bruit à l'époque, de par son caractère frais et insolent...Et féminin, certainement.
Inconnu au bataillon par la masse, Georgiana Houghton était pourtant précurseur de ceux qui sont toujours considérés comme les plus célèbres avant-gardistes de la peinture, les impressionnistes abstraits tels que Kandinsky, par exemple. Et pourtant, les œuvres de Georgiana ont quelque 40 années de plus que celles du célèbre auteur du très timide L'Almanach du Cavalier Bleu.
Voici quelques unes des aquarelles saisissantes de la dame. Au-delà de la portée féministe de mon discours, j'ai été séduite par ses travaux, c'est pourquoi j'ai choisi de vous écrire un article sur elle :
Inconnu au bataillon par la masse, Georgiana Houghton était pourtant précurseur de ceux qui sont toujours considérés comme les plus célèbres avant-gardistes de la peinture, les impressionnistes abstraits tels que Kandinsky, par exemple. Et pourtant, les œuvres de Georgiana ont quelque 40 années de plus que celles du célèbre auteur du très timide L'Almanach du Cavalier Bleu.
Voici quelques unes des aquarelles saisissantes de la dame. Au-delà de la portée féministe de mon discours, j'ai été séduite par ses travaux, c'est pourquoi j'ai choisi de vous écrire un article sur elle :
Regardez moi ces nobles couleurs, vives, riches, la finesse de ces boucles qu'on pourrait comparer à des volutes de fumée, mystérieuses, fantomatiques. Regardez moi la précision et l'assurance de ce trait, au service d'une puissance supérieure pour en traduire toute la complexité et toute la profondeur. Georgiana aurait, sur les conseils de son guide spirituel, abandonné le dessin au profit de la peinture, dans un fabuleux élan visionnaire.
Les critiques d'art tendent à rendre à César ce qui est à César : Georgiana était un précurseur des grands maîtres de la peinture abstraite. Il est dommage que ce nom ne soit pas plus cité au profit de la reconnaissance due à un artiste, peut importe son sexe, ou son "genre", si vous préférez. Il a laissé la part belle aux hommes. Elle a blessé les conventions : vieille fille, indépendante et bizarre, frayant avec photographes douteux et messages éthérés.






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