Sauver la poésie : les revues littéraires.
Si vous êtes étrangers au monde de la littérature, vous ne savez probablement pas que ces drôles de phénomènes existent : les revues littéraires. Ou du moins, vous en avez vaguement entendu parler, un jour, au cours d'un dîner où Tata Henriette discutait de la poésie du XXème avec votre beau-frère un peu bourge. Mais ça reste brumeux, tout ça.
Alors, c'est quoi, la revue littéraire ? Et ça consiste en quoi ? C'est tout simplement un magazine qui parle des derniers recueils de poèmes parus, de maisons d'édition, d'écrivains contemporains ou non, sous forme de notes de lecture, d'interviews, qui publie des poèmes d'auteurs connus, laissant parfois leur chance à des auteurs en herbe, comme moi.
Pourquoi c'est important ? Et pourquoi j'en parle ici ? Parce que ces revues tendent à disparaître, les gens ne s’intéressant plus qu'aux médias visuels de divertissement (cinéma, jeux vidéo) ou bien à Guillaume Musso, et excusez-moi, mais pour résumer la littérature, c'est un peu léger. Je vais m'effacer derrière le discours très juste du dernier édito de Florilège, revue que j'ai choisi pour illustrer cet article, que je trouve très...Criant.
" Il me revient en mémoire une anecdote : celle de ce bon père de famille dont le regard s'assombrit tout à coup quand son épouse lui apprit que leur fils avait encore écrit un poème ! Il n'était pas difficile de deviner les pensées de ce brave homme : " Il est donc triste, dépressif peut-être, pas adapté à ce monde, et s'il allait se suicider ? " Bien entendu, le jeune homme en question a très vite déserté les sentiers hasardeux de la poésie et les parents ont été rassurés...Ouf ! Plus d'aspiration à un idéal inaccessible ! Le poète a ceci de particulier qu'il est capable de se mettre en retrait du monde et de discerner une réalité qui se situe au-delà des apparences ; cette " lucidité " dont il sait faire preuve montre qu'il ne s'est pas laissé avaler par la gigantesque machine à broyer les cerveaux mise en place par la société de consommation. Penser ! Quoi de plus dangereux ? Ne pas craindre de se confronter à soi-même et d'explorer l'univers mystérieux qui nous habite (car nous sommes bel et bien étrangers à nous-mêmes). La poésie est un affleurement de ce moi profond, si singulier et si universel ! Être poète, c'est essentiellement se confronter à soi-même. Dans ce monde-ci, tout est fait pour que cette confrontation n'ait pas lieu. Il n'est qu'à voir dans les magasins et même dans les rues cette foule de zombis qui déambulent le portable vissé à l'oreille. On ne supporte plus de n'être pas relié aux autres, de n'être pas " joignable " en permanence. Beaucoup de nos semblables fonctionnent désormais en groupes, en grappes, mus par un cerveau collectif comme les fourmis ou les abeilles...À quand la puce électronique implantée dans le cerveau dès la naissance ? La poésie, qui est l'art le plus immatériel entre tous, pourra-t-elle survivre à cela ?
Gavés de publicité, d'émissions de " téléréalité " débilitantes, les jeunes gens d'aujourd'hui pourront-ils encore accéder à la beauté des images poétiques, à l'éblouissement qui nous prend quelquefois à la lecture d'un poème, à ce souffle qui transcende les mots et leur fait dire ce que, sans lui, ils ne pourraient exprimer ? "
Bon, oui, on vit dans un monde d'images, mais d'images qu'on nous jette à la face, sans nous laisser le temps de réfléchir, comme on gave les oies pour en faire du foie gras. Alors forcement, la lecture, à côté, c'est un stimulant, un savant mélange d'intellect, de rêveries, d'interrogations palpables dans ce qu'elles ont de plus spirituelles, de plus "immatérielles". Lire, c'est faire que le temps s'arrête, se donner le temps, prendre son temps. Et s'il faut bien refuser une chose aux humains en ce bas monde, c'est le temps et la stimulation qu'il précède. Parce qu'un homme stimulé, parce qu'une femme stimulée, c'est le début des emmerdes. C'est l'échappatoire solide, et pour finir la remise en question. Au secours.
Oui, la litté et la poésie ne sont plus ce qu'elles étaient, parce qu'elles ne trouvent plus leurs lecteurs, leurs sauveurs. Des auteurs merveilleux plongent dans l'oubli ou ne seront jamais oubliés puisque jamais connus du grand public. À l'école, on nous parle de Balzac et de Zola, on ressuscite sans cesse des écrivains d'une autre époque pendant qu'on enterre ceux de notre monde moderne. Les mots étouffent, les mots ne libèrent, ne réveillent plus personne, parce que les gens dorment trop profondément, comatent sans rêver, comme des robots flegmatiques. Mettez-vous une claque, réveillez-vous.
Des revues littéraires meurent, chaque année, chaque trimestre peut-être. Leurs créateurs sont des bénévoles qui se tuent à la tâche pour offrir à une maigre poignée d’abonnés un contenu de qualité, et qui rentabilisent à peine voire pas du tout leur investissement. Alors si vous aimez lire, par pitié, posez-moi de secondes L'Odyssée ou Les Fleurs du Mal, ne vous inquiétez pas, c'est pas le genre de bouquins qui s'envolent, et prenez-vous un abonnement à l'année pour une petite revue de poésie. Si vous n'êtes pas sûrs de votre choix, d'aimer ça, vous pouvez commander déjà un numéro, pour vous faire votre avis. Et si vous n'aimez pas lire, j'ai envie de vous dire qu'il faut un début à tout, et que bien souvent, on dit qu'on aime pas quelque chose sans vraiment avoir pris le temps d'y goûter, trop pressés que nous sommes.
Vous allez découvrir des auteurs dont n'auriez jamais soupçonné l'existence autrement, vous allez vous enrichir un peu le cervelet, peut-être même acheter des bouquins, qui sait, faire un doigt à l'Éducation nationale qui encourage à se pencher systématiquement sur les écrits d'un autre âge pour ne pas avoir à questionner notre univers actuel. Et peut-être allez-vous me croiser, puisque j'ai eu l'honneur d'être publiée dans la revue Florilège de ce trimestre :
Pour vous guider, je vous donne, mes chers lecteurs, quelques liens de revues que je trouve de qualité. Je suis abonnée à deux d'entre elles. Mention spéciale pour Poésie sur Seine, qui applique le tarif de dix-huit euros (vingt-deux avec l'adhésion à l’association) spécialement pour les moins de vingt-cinq ans. Libre à vous, ensuite, de faire vos propres recherches.
Florilège : http://clo.p.pagesperso-orange.fr/Florilege/Association.htm
Décharge : http://www.dechargelarevue.com/
Poésie sur Seine : http://www.poesie-sur-seine.com/


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