Cinéma : Jane Eyre
Une oeuvre arc-boutée sur la tendresse et la force.
C'est ainsi que débute ce Jane Eyre, frais de 2012, réalisé par Cary Fukunaga. Je dois reconnaître que je n'ai ni vu l'adaptation plus ancienne où figure Charlotte de Gainsbourg, ni lu le livre, mais rassurez-vous, il tressaute déjà dans ma bibliothèque, impatient d'être dévoré. Je ferai certainement un article dessus, en comparant écran et encre (ben oui, sinon c'est pas drôle, gné !).
On retrouve donc Jane -personnage éponyme- à la porte, vite recueillie par un pasteur et ses deux aimables sœurs (Holliday Grainger incarne l'une d'elles, et sa présence si minime soit-elle remplie toujours l'écran d'une pureté virginale). On la voit se remettre d'on ne sait quelle horrible chose, d'on ne sait quelle terreur ou affront. Ce mystère va nous guider durant tout le film : qu'est-il arrivé à cette jeune femme à l'air morne, éperdu?
En attendant, Jane a des flash-back, comme cela se fait souvent dans les œuvres cinématographiques -rien de bien nouveau, me direz-vous, d'ailleurs le film a été taxé d'être classique, mais nous reviendrons plus tard sur cette critique trop souvent facile. Elle revoit son enfance, ardue, enveloppée dans un linge malsain, accusateur, et c'est là que le film pose l'une de ses grandes lignes. En cela, il est fidèle au livre (je me suis un peu renseignée, héhé). Jane Eyre, écrite par Charlotte Brontë, est une oeuvre qu'on ne présente plus. Elle aborde notamment, en plus de l'éternelle histoire d'amour qui fait fleurir les romans des vieilles époques, le désir d'émancipation d'une femme encore dans la fraîcheur de l'âge, dans une société corsetée, esclave des conventions, des cadres, des lois (on est en plein dans l'Angleterre Victorienne, quand même). Il est dur d'évoluer dans ce monde, surtout quand on est de la partie féminine. Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir le plaisir délicieux qu'était la vie de Jane.
On retrouve la petiote orpheline, malmenée physiquement par son cousin dégénéré, rejetée par sa tante (la marâtre de Cendrillon, si vous voulez un portrait moral de la dame). La bonne femme, qui se fait passer pour une sainte, est secrètement une démone, une lilith bourgeoise feignant la bienséance. Elle expédie sa nièce, sans plus de remords, dans une école "pour filles", la faisant passer pour une menteuse qui couve en elle le diable. C'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité. Cela vous laisse deviner les réjouissances qui se préparent.
D'ailleurs, Jane n'hésite pas à lui dire que c'est elle, la menteuse. Et c'est là toute la beauté, le tragique de la chose : l'héroïne a toujours outrepassé les règles. Dès l'enfance, elle se montre impulsive, ardente, dans une société qui veut bâillonner, refréner, geler les natures impétueuses où s'effleurent tour à tour imagination et passion, créativité et force de conviction. Jane est la gardienne de la vérité, de l'innocence rebelle et indomptable. Elle est l'antithèse vivante de la construction morale, légale, politique dans laquelle elle évolue. Nous allons voir qu'en plus de son désir de s'extirper de ce foutoir, elle a une vision hautement idéalisée de l'existence. C'est cette magnificence de pensée qui va tisser le film. Jane reste fidèle à ses principes inébranlables, et c'est ce qui va lui attirer tout un tas de "problèmes" durant sa prime jeunesse.
Elle entre donc dans cette école pour filles (dirigée par un homme, évidemment). On tente de lui apprendre qu'il faut "déraciner la malice" de cette "petite plante ingrate" qu'elle est. La méthode est simple : une fillette a le malheur de sourire à une autre durant la récitation inlassable d'une phrase vertueuse? On lui donne le bâton. Il faut qu'elle se sente "contrite". On condamne un geste de bonté naturelle, une liberté délicate empruntée dans une salle austère, la douce revendication d'une âme. La femme serait-elle naturellement une pécheresse? On croit déceler cette idée au goût de sentence sous le front de Brocklehurst, le fameux directeur. Jane doit monter sur le "piédestal de l'infamie" et y demeurer sans manger et sans boire. On enjoint ses camarades à l'exclure, à ne lui donner ni amitié, ni amour. Il faut qu'elle apprenne à quel point "la vie de pécheresse est aride" (on avait deviné juste en supposant que Brocklehurst est un sérieux connard). La petite reste donc, immobile dans une lumière poussiéreuse. La caméra tourne autour d'elle, la baigne dans ce que sa solitude a de plus sordide.
Elle rencontre quand même une amie qui lui ressemble, qui l'aime, qui lui parle d'invisible, de royaumes d'esprits protecteurs. Les prémisses d'une force surnaturelle se montrent, force qui va grandir tout au long de l'oeuvre, avec le ton juste, sans trop l'envahir. Cette relation qui semble fusionnelle, aux limites du sentiment amoureux, prend brutalement fin lorsque l'amie si chère décède, endormie, pétrifié au côté de Jane, rappelée par Dieu dans ce qui semble une ultime provocation.
Un grand bond dans le temps se produit : on voit une Jane au sortir de l'adolescence quitter cette dictature du sacrifice et de la culpabilisation, cette flagellation permanente des pensées les plus intimes, sous les au revoir réprimandés par la mégère au bâton. Notre héroïne, toujours bonne joueuse, la contemple sans haine et lui dit adieu.
Nous comprenons qu'elle est partie sur sa propre initiative, pour se chercher une place dans le monde. À une époque où les femmes ne doivent leurs conditions qu'à leurs époux, Jane veut subvenir seule à ses besoins. Encore une fois, elle bouscule les cadres, elle bouleverse les mœurs. Elle dit d'ailleurs au pasteur qui l'a recueillie, entre deux réminiscences de son passé, que "la solitude ne lui fait pas peur" et qu'elle prendra tout travail qui passe à sa portée.
À partir de là, je vais être moins précise dans mon récit, pour éviter le trop-plein de "spoilers" qui vous amènerait à vouloir me pendre haut et court. Je tenais quand même à vous faire part en détail du commencement de l'oeuvre, ça me semble important pour comprendre ses fondements, l'engrais de pellicule et de réflexion qui la fait mûrir au fil des secondes.
Jane se trouve une place de gouvernante dans un manoir très ancien, et c'est là qu'un souffle gothique commence à paraître. Le terme "gouvernante" semble mal approprié, puisqu'elle est préceptrice de la petite Adèle, la pupille du maître des lieux. Bon, point positif, Jane a visiblement reçu une bonne éducation : elle parle le français, elle enseigne à la petite la géographie, le commerce entre pays, mais son inventivité et son imaginaire resurgissent au détour d'une légende de monstre racontée sur un ton enjôleur. Dans une lumière floue et jaunissante, elle montre à Adèle un papillon au creux de sa main, lui demandant ce qu'il était auparavant. C'est ce qu'on appelle une éducation ludique, mesdames et messieurs.
Le propriétaire des lieux, son employeur, est demeuré jusque-là absent, retenu par quelque voyage, mais Jane finit par tomber sur lui dans une forêt cernée de brumes inquiétantes, à la tombée de la nuit. Le maître, Edward Rochester, est de retour à la maison.
S'engage alors un étrange duel entre cet homme d'apparence acariâtre et l’héroïne. Michael Fassbender, qui prête ses traits au sombre Edward, est au sommet de la tourmente. Rendu aigri par on ne sait quel malheur, il confie être si dépité qu'il ne lui reste qu'à poursuivre les bas plaisirs "quoiqu'il en coûte". Il cherche à percer le mystère qu'incarne Jane, n'hésitant pas à la déstabiliser, soufflant le chaud et le froid autour d'elle. Malgré cela, on lit dans les yeux de Rochester une tendresse immédiate pour la jeune femme, qu'il ne considère nullement comme son inférieure. Il semble même idéaliser Jane, sa façon de voir le monde, son "esprit non pollué", étrangeté dans cette société cinglée d'ordinaires conventions. Comme je le comprends : cette Jane-là, plantée à la perfection par Mia Wasikowska, est une fée cousue dans le simple. Froide et flamboyante, inaccessible et frêle, elle offre ses traits purs à la vie réservée en surface, sismique dans le fond, sans jamais se départir de la douceur et de la bonté qui la caractérisent. Cette Jane-là est une dessinatrice féroce, qui n'est pas satisfaite "d'imaginer des choses qu'elle ne peut rendre". On devine sans qu'elle ne prononce nulle autre parole ni qu'elle ne montre aucune émotion extrême les remous qui agitent son âme, une sorte de mysticisme épuré, une beauté spirituelle couplée aux souffles des landes, aux lumières que la caméra saisit et qui frappent les fleurs. On lit en elle comme dans un livre ouvert. Elle ne se compromet jamais. C'est ce que voit immédiatement Rochester, comme nous. Et c'est ce qui le subjugue, comme nous. Il voit une femme nourrie d'idéal et de grâce malgré les épreuves qu'elle a endurées. Il a besoin d'elle, il le dit lui-même. Il aspire à cet idéal, à cette vie régénérée, rafraîchie dans les sources de l'âme.
On voit grandir leurs échanges, on comprend qu'un amour ardent se glisse, se tisse entre eux. Amour qui va trouver son apogée puis la perdre dans une scène poignante : Edward a omis de dire à Jane qu'il était déjà marié, alors que celle-ci se tenait près de l'autel, blanchie dans son bonheur de devenir sa femme. Blessée au plus profond d'elle-même, l'héroïne murmure qu'elle doit se respecter et implore l'aide de Dieu tandis que son futur ex-époux enserre sa gorge et l'invoque d'une voix déchirante. Jane finit par partir, dans un ultime rassemblement de ses forces, s'arrachant à l'étreinte suppliante d'Edward.
Je voudrais m'attarder sur cette scène qui est certainement l'une des plus émouvantes du film. J'ai parlé plus haut de la non-compromission de Jane. Celle-ci ne lui jouerait-elle pas quelques tours? Elle, si pure, si détachée des sombres théâtres où se joue la société, rejette l'amour d'Edward pour préserver son intégrité. Elle sait pourtant la sincérité des sentiments de l'homme à son égard. Elle sait qu'il a été piégé dans un précédent mariage dont il ne peut se défaire à cause des lois. Il est ici celui qui cherche à se libérer des carcans en proposant à Jane de vivre leur amour. Cependant, c'est autour de la jeune femme de se faire prendre au piège. Mon argumentation peut paraître bancale, mais dans le film cet attachement qu'ils ont l'un pour l'autre est si tendre, si honnête, qu'accepter une bonne fois pour toutes de se dire "oui" et de mettre à l'unisson leurs poings dans la gueule noire du monde semble être, si ce n'est sage, au moins dénué de mal. Jane, au-delà de respecter sa propre personne, n'est-elle pas un peu esclave des cadres? J'ai beaucoup aimé cette inversion dans l'attitude des personnages.
Je vais passer encore plus vite sur la fin. Mais quand on se quitte, c'est pour mieux s'enlacer un jour. Avant cela, on retrouve Jane auprès du pasteur qui l'a recueillie au début du film. Évidemment, elle va devoir essuyer la demande en mariage de celui-ci, répondre par la négative, ce qui fera dire à monsieur que ces mots de refus "ne sont pas ceux d'une femme" et que "c'est une offense à moi et à Dieu". Ah, les mecs aux orgueils bafoués, c'est beau, c'est bon, ça fait rêver.
Le film a reçu d'assez bonnes critiques dans l'ensemble, cependant ses détracteurs lui ont reproché d'être trop académique. Pour ma part, je ne suis pas une fine connaisseuse de la manière dont une oeuvre cinématographique peut être construite. Certains auraient espéré une mise en scène plus audacieuse. Moi, je dis que l'audace est dans l'histoire même. En allant au plus simple, au plus dépouillé, Fukunaga sert la pureté sans faille du récit. Au-delà du féminisme dont l'oeuvre littéraire est empreinte et qui se reconnaît, ici aussi, comme le visage d'une lutte toujours menée (et c'est aussi ce qui me séduit, ce blog est né dans un élan de féminisme pleinement assumé), on découvre un amour comme on en fait plus. Un amour qui se passe des chairs, qui outrepasse les corps, qui se fond dans les âmes captives de son emprise comme une manière de les libérer davantage de leurs troubles. "Je veux votre âme" dit clairement Rochester. Quant à Jane, elle ajoute "Je ne vous parle pas avec la chair mortelle. C'est mon âme qui s'adresse à la vôtre". J'en rajoute encore sur la pureté, mais un sentiment si fort qu'il se soustrait à la peau et s'étend complètement dans l'esprit, dans l'abnégation et la foi en l'autre, en la vie, en tout...Et bien c'est rare, ça n'existe plus, c'est beau, ça devrait exister. Ça me transperce de part en part.
Le film est en retenue, le film retient son souffle. Il ne fait pas dans le mélo, dans le drame, dans la comédia exubérante du désespoir. Les voix ne s'élèvent pas comme celles des bêtes à l'agonie. Les acteurs ont un jeu ciselé pour le sensible, pour le simple, pour le bruissement de tonnerre de la vie. Ils montrent sans rien montrer l'appétit existentiel des esprits, le besoin d'être aimé pour ce qu'on est vraiment, derrière le masque des peaux, le rempart des profils, la passion qui ne décharne rien mais qui embellit tout, qui change tout, qui transcende tout dans un alambic pur. Ce film parle de l'absolu avec une simplicité étonnante, émouvante, sans en découdre avec le pathétique. À aucun instant. Et pourtant, on est là, ivres de vie pour les personnages, à fleur d'âme pour tout ce qu'ils ressentent, tout ce qu'on devine sous les couches d'épiderme et de paroles. Tristes et égarés comme ils peuvent l'être.
Dans les couleurs passées de la lande, dans le vent capricieux, dans la lumière qui ricoche sur les arbres, sur les visages, sur le froissé d'une robe simple, le mouvement lyrique d'une caméra saisit au vol deux êtres qui s'aiment d'un amour pauvre et surnaturel, enveloppé par les violons fulgurants de Dario Marianelli, une musique virtuose qui m'arrache des larmes tant elle contient de mélancolie, d'espérance et de fougue. Non, vous ne rêvez pas. Ce film est un chef-d'oeuvre, un miracle sorti du néant moderne. Je vous encourage à le voir si vous avez besoin de bercer une part de ciel en vous.
On voit grandir leurs échanges, on comprend qu'un amour ardent se glisse, se tisse entre eux. Amour qui va trouver son apogée puis la perdre dans une scène poignante : Edward a omis de dire à Jane qu'il était déjà marié, alors que celle-ci se tenait près de l'autel, blanchie dans son bonheur de devenir sa femme. Blessée au plus profond d'elle-même, l'héroïne murmure qu'elle doit se respecter et implore l'aide de Dieu tandis que son futur ex-époux enserre sa gorge et l'invoque d'une voix déchirante. Jane finit par partir, dans un ultime rassemblement de ses forces, s'arrachant à l'étreinte suppliante d'Edward.
Je voudrais m'attarder sur cette scène qui est certainement l'une des plus émouvantes du film. J'ai parlé plus haut de la non-compromission de Jane. Celle-ci ne lui jouerait-elle pas quelques tours? Elle, si pure, si détachée des sombres théâtres où se joue la société, rejette l'amour d'Edward pour préserver son intégrité. Elle sait pourtant la sincérité des sentiments de l'homme à son égard. Elle sait qu'il a été piégé dans un précédent mariage dont il ne peut se défaire à cause des lois. Il est ici celui qui cherche à se libérer des carcans en proposant à Jane de vivre leur amour. Cependant, c'est autour de la jeune femme de se faire prendre au piège. Mon argumentation peut paraître bancale, mais dans le film cet attachement qu'ils ont l'un pour l'autre est si tendre, si honnête, qu'accepter une bonne fois pour toutes de se dire "oui" et de mettre à l'unisson leurs poings dans la gueule noire du monde semble être, si ce n'est sage, au moins dénué de mal. Jane, au-delà de respecter sa propre personne, n'est-elle pas un peu esclave des cadres? J'ai beaucoup aimé cette inversion dans l'attitude des personnages.
Je vais passer encore plus vite sur la fin. Mais quand on se quitte, c'est pour mieux s'enlacer un jour. Avant cela, on retrouve Jane auprès du pasteur qui l'a recueillie au début du film. Évidemment, elle va devoir essuyer la demande en mariage de celui-ci, répondre par la négative, ce qui fera dire à monsieur que ces mots de refus "ne sont pas ceux d'une femme" et que "c'est une offense à moi et à Dieu". Ah, les mecs aux orgueils bafoués, c'est beau, c'est bon, ça fait rêver.
Le film a reçu d'assez bonnes critiques dans l'ensemble, cependant ses détracteurs lui ont reproché d'être trop académique. Pour ma part, je ne suis pas une fine connaisseuse de la manière dont une oeuvre cinématographique peut être construite. Certains auraient espéré une mise en scène plus audacieuse. Moi, je dis que l'audace est dans l'histoire même. En allant au plus simple, au plus dépouillé, Fukunaga sert la pureté sans faille du récit. Au-delà du féminisme dont l'oeuvre littéraire est empreinte et qui se reconnaît, ici aussi, comme le visage d'une lutte toujours menée (et c'est aussi ce qui me séduit, ce blog est né dans un élan de féminisme pleinement assumé), on découvre un amour comme on en fait plus. Un amour qui se passe des chairs, qui outrepasse les corps, qui se fond dans les âmes captives de son emprise comme une manière de les libérer davantage de leurs troubles. "Je veux votre âme" dit clairement Rochester. Quant à Jane, elle ajoute "Je ne vous parle pas avec la chair mortelle. C'est mon âme qui s'adresse à la vôtre". J'en rajoute encore sur la pureté, mais un sentiment si fort qu'il se soustrait à la peau et s'étend complètement dans l'esprit, dans l'abnégation et la foi en l'autre, en la vie, en tout...Et bien c'est rare, ça n'existe plus, c'est beau, ça devrait exister. Ça me transperce de part en part.
Le film est en retenue, le film retient son souffle. Il ne fait pas dans le mélo, dans le drame, dans la comédia exubérante du désespoir. Les voix ne s'élèvent pas comme celles des bêtes à l'agonie. Les acteurs ont un jeu ciselé pour le sensible, pour le simple, pour le bruissement de tonnerre de la vie. Ils montrent sans rien montrer l'appétit existentiel des esprits, le besoin d'être aimé pour ce qu'on est vraiment, derrière le masque des peaux, le rempart des profils, la passion qui ne décharne rien mais qui embellit tout, qui change tout, qui transcende tout dans un alambic pur. Ce film parle de l'absolu avec une simplicité étonnante, émouvante, sans en découdre avec le pathétique. À aucun instant. Et pourtant, on est là, ivres de vie pour les personnages, à fleur d'âme pour tout ce qu'ils ressentent, tout ce qu'on devine sous les couches d'épiderme et de paroles. Tristes et égarés comme ils peuvent l'être.
Dans les couleurs passées de la lande, dans le vent capricieux, dans la lumière qui ricoche sur les arbres, sur les visages, sur le froissé d'une robe simple, le mouvement lyrique d'une caméra saisit au vol deux êtres qui s'aiment d'un amour pauvre et surnaturel, enveloppé par les violons fulgurants de Dario Marianelli, une musique virtuose qui m'arrache des larmes tant elle contient de mélancolie, d'espérance et de fougue. Non, vous ne rêvez pas. Ce film est un chef-d'oeuvre, un miracle sorti du néant moderne. Je vous encourage à le voir si vous avez besoin de bercer une part de ciel en vous.




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