Débat : Le problème du "féminin" et la gynophobie plus généralement.

Et ouai.
Je revendique ce blog comme étant féministe – d'ailleurs je n'aime pas trop ce terme, vous allez peut-être comprendre pourquoi par la suite – et j'assume grandement. Donc à un moment, il faut se mettre à table.
Ce dont je voudrais vous parler, c'est de ce problème majeur de tout ce qui est lié à la féminité, à la femme si je choisis de ne pas prendre de pincettes. On vit dans un monde où être une femme est difficile, très difficile. Surtout quand on ne rentre pas dans les cases fabriquées exprès pour nos tronches de "femmelettes". 
De manière générale, on colle des étiquettes et des clichés sur tout et n'importe qui. Par la force des choses, diront ceux qui sont de mauvaise foi. Un homme doit (oui, il ne se le doit pas, il le doit aux autres avant lui-même) être comme ceci. De même, une femme doit répondre à un tas de critères si elle souhaite être cataloguée comme en en étant une (de femme).
Vous avez souvent dû entendre ce genre de choses : la féminité. Ah, un beau concept. Vous avez remarqué comme on ne parle presque jamais de masculinité (on parle de virilité, mais ce n'est pas tout à fait pareil). Vous avez remarqué qu'une femme qui n'est pas féminine semble soudain perdre son sexe aux yeux des autres ?  Même les hommes qui ont du respect pour la Femme la voient comme le paroxysme de la féminité. Ils louent le corps féminin, ses possibilités immenses. Le corps féminin, qu'est-ce que c'est ? De la chair, des courbes, de la fécondité en veux-tu en voilà. On parle jamais de la masculinité des corps d'hommes, de la puissance de leurs tendons. 
On vit dans une société où l'apparence physique prime désormais sur la profondeur d'âme, pour les deux sexes, me direz-vous encore. Oui mais on en parle jamais, des courbes masculines. On parle de zizi – parce que c'est une arme, et on aime bien les armes – et puis voilà. Un homme revêt son manteau d'homme, une femme c'est pareil, mais elle doit être "féminine", tout comme un homme doit être "viril".
C'est quoi, être féminine? D'après la société, c'est faire attention à ce que toi, femme, tu renvoies comme image. C'est te maquiller, te coiffer, mettre des jupes et puis des bottes à talon, une paire de boucles d'oreille, c'est te parfumer et t'épiler, c'est pas traîner en survet' et en peignoir toute la journée, la gueule de lendemain de nouvel an fièrement portée en bandoulière, parce que sinon ça veut dire que "tu prends pas soin de toi",  et que "tu te laisses aller". 
C'est un problème.
De manière générale, on aura moins tendance à dire, dans la sphère sociale (je parle pas du privé, de la vie de couple...) qu'un homme se néglige. On en fera plus le reproche à une femme, comme si son seul rôle se trouvait là, dans l'apparence de la girl sexy, séduisante, en louboutins et fardée "mais pas trop" (ben oui, faut pas être trop criarde quand même, on risquerait de se faire remarquer. Et puis, des fois que la jupe tant désirée par les confrères masculins soit soudain trop courte à leurs yeux...). De toute façon, ça ne va jamais, parce que si t'es jugée trop féminine on va te dire aguicheuse, prostipute au pire des cas.
Ne qualifie-t-on pas des femmes depuis la nuit des temps ou presque de "beau sexe" ? Merci, j'apprends que je suis donc là sur terre pour être belle. 
L'inverse n'est pas vrai. Une femme qui n'est pas féminine, on lui dit qu'elle se laisse aller, on remet en question sa capacité à être une femme. Un homme qui n'est pas viril, que dit-on de lui, déjà ? Ah oui. Qu'il est "efféminé". 
C'est fou, l'importance des termes employés, ce qu'ils peuvent montrer de la société.
Dans le fond : être une femme, c'est être faible. Les hommes ont pour eux la puissance physique, la musculature plus développée, l'arme-zezette. Ils en ont tiré de jolies déductions : là où le corps est le plus fort, l'esprit l'est aussi. Ils organisèrent et continuent d'organiser la marche du monde pendant que le "sexe faible" gambade dans ses cuisines, travaille s'il le peut, est là pour défiler devant les bites au garde-à-vous.
Si je devais résumer, on en est toujours au même point malgré les siècles qui coulent. La femme vogue entre la honte d'être pécheresse, la maternité considérée comme l'ultime finalité de sa vie, le fait d'assumer sa foutue féminité (c'est pas récent ça, faut pas croire qu'être appréciée et reconnue de prime abord pour ses attributs corporels date de maintenant) l’idolâtrie excessive qui portent leur corps à une espèce de sainteté en pâte d'amande, et puis l'inverse, l'appréciation dégoûtante des mâles aux pulsions gargantuesques et apparemment impossibles à refréner. J'en ai ras le cul, c'est le cas de le dire.
Évidemment, cet article est écrit avec une certaine colère. Il manquerait plus que ça, qu'on me demande de me calmer, quand je ressens partout autour de moi et dans mon cœur en premier lieu les injustices dont nous sommes les victimes, les boucs-émissaires que nous voulons bien être, les objets à collectionner dans une belle literie que nous paraissons être. Je me sens légitime d'exprimer ma colère, tout comme certains se sentent légitimes à remettre en question l'anti-gynophobie – mieux que "féminisme", comme terme – et à mépriser plus de la moitié de l'humanité.
J'embrasse toutes les mamans, toutes les catins, toutes les nonnes, toutes les filles qui marchent dans la rue ou font les cent pas chez elles à la recherche d'une place dans le monde. 

https://www.youtube.com/watch?v=5n8qwjRgWc8

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