Cinéma : The Neon Demon, je valide ?





Il me tardait de voir ce long-métrage du désormais très renommé Nicholas Winding Refn (réalisateur de Drive, film culte par excellence). Le moins que l'on puisse dire, c'est que comme toujours, l'univers supra léché et froid de ce bizarre danois ne me laisse pas indifférente. Je dirai même que c'est bluffant.
Moi qui suis en recherche d'esthétisme soigné, j'ai été servie. On retrouve le monde trash, à la fois discipliné et sauvage, auquel le réalisateur nous a habitués avec ces derniers bébés cinématographiques, remixé aux paillettes, aux lumières tantôt douces et sombres des studios photos, aux coulures métalliques qu'on imagine provenir de quelque rouge à lèvres ou blush démoniaque. C'est tout simplement impeccable, et plus encore. La signature de Refn s'apparente souvent aux couleurs qui se mélangent ici en un arc-en-ciel infernal, du rouge profond d'une couche de sang au blanc presque offensif des fonds de studio qui nous donne l'impression de frayer avec les marcheurs de Game of Thrones, en passant par de sublimes nuances de bleu, et plus généralement d'un tas de coloris magnifiques. Les cadrages, la mise en scène, tout est millimétré et terriblement frais, j'ai envie de dire – pour céder un peu au verbiage facile, ben oui sinon c'est pas drôle – malgré l'ambiance "mannequin pré Walking Dead" : Nicholas aime pousser le bouchon pour plonger le spectateur dans un malaise grandissant – cette scène de transe avec les lumières qui clignotent à une vitesse vertigineuse, nous laissant à peine le temps d'entrevoir un visage, puis de le perdre, puis de l'entrevoir encore, c'est un plaisir coupable que j'ai eu, je l'avoue. C'est déstabilisant, et pour l’œil, et pour le cœur. Pour ma part, j'aime les expériences nouvelles, j'aime être surprise et désarçonnée quand je regarde un film. Le cinéma ne devrait pas être un long fleuve tranquille, et en ça j'adore le style de Refn.
Pour autant, l'aspect esthétique a quelque peu posé problème sur ce fashion-movie dopé. Certains ont reproché au cinéaste d'être une sorte de maniaque, un obsessionnel de l'image, se noyant dans la pellicule et laissant tout bon sens, tout sens même, derrière lui. Je comprends ces critiques, mais ce n'est pas tant ce qui m'a le plus gênée au visionnage du film. 
Il est vrai que le film est un peu trop abonné aux scènes de métaphore : par exemple, ce fameux triangle divisé en trois parties qui parait sans arrêt et qui s'éternise sur l'écran, représentant, selon moi, le fait de monter au sommet mais d'y perdre des plumes – le triangle est inversé –  mais aussi différentes facettes d'une seule et même personne réunies en un tout – on le constate dans cette scène magnifique où Jesse, le personnage principal, placée au centre du triangle, embrasse ses deux "reflets" qui siègent de chaque côté, acceptant là de se livrer corps et âme à la gloire d'être "en haut", sur le trône de la parfaite top model. L'apparition de quelques fauves suggère également que porter des tenues de créateur et défiler sur un podium, c'est entrer dans la jungle. Cependant, à force de faire dans l'ultra symbolisme, on divague, on se perd dans des figures géométriques et dans le décorticage frénétique d'une oeuvre qui n'en peut-être pas autant besoin.
Ce n'est cependant pas ça qui m'a le plus embêtée. Ce qui m'a le plus embêtée, c'est finalement ce que le film dénonce : la dictature de la mode et de la beauté plus largement. J'ai trouvé que c'était une caricature terrible, qui frôle parfois le grossier mais qui est sauvée par une froideur si puissante qu'elle en devient palpable. Tout n'est pas rose dans le milieu de la mode, on le sait bien. Mais les clichés sont ici poussés à leur paroxysme : résultat, on se retrouve avec des mannequins refaites jusqu'à leurs gros orteils qui feraient même frémir le Dalaï-Lama, des séances de maquillage dans une ambiance style frigo et enfin le photographe complètement tyrannique, visiblement dangereux psychopathe puisqu'il aime foutre à poil ses modèles et les peinturlurer lui-même de substances dorés, ne se privant pas de les tripoter au passage.
La morale, c'est quoi : c'est que le milieu de la mode est une savane impitoyable, où seuls les plus grands fauves, ceux qui bouffent les autres, restent en haut de l'affiche. C'est que dans ce milieu, seule la beauté physique compte, et que le reste n'est que poussière insignifiante. C'est que les jeunes filles jolies, pleines de rêves, ne sont rien de plus aux yeux des industries – et des hommes – que de la chair fraîche. C'est enfin qu'avec le succès, ben on change, on prend "la grosse tetê". La question que je me pose, c'est : est-ce qu'il y avait besoin de faire un film pour dénoncer ça ? C'est connu, c'est attendu, et c'est malheureusement trop caricatural. Je ne pense sincèrement pas que les filles de ce milieu soit toutes désespérées à en crever, je ne pense pas que tous les shootings se passent dans des ambiances de pôle nord – et c'est une photographe amatrice qui vous écrit – je ne pense pas que tous les couturiers soient des espèces de monstres méprisants, je ne pense pas non plus que tous les photographes ayant l'attribut d'une zézette soient des violeurs en puissance. Désolée, j'achète pas cette morale simpliste et extrême au possible. 
Le film, pour moi, contrairement à certaines critiques, a un sens. Mais celui-ci ne s'accorde pas avec mes propres pensées et opinions. 
Autre chose qui m'a un peu laissée perplexe : dans ce quatuor de mode central (trois mannequins, et une make up artist) trois personnes ont l'air de profondément souffrir, à la différence du personnage principal. Elle Fanning, qui incarne Jesse, est belle, d'accord, dans certaines scènes elle dégage quelque chose de vraiment fort. Mais dans pas mal de situations, elle a juste l'air de comater. Son personnage est vide et plat, alors qu'elle est sensée incarner la beauté pure, bouillonnante d'innocence, et se révèle un peu lorsqu'elle change de comportement et se la joue Gigi Hadid prétentieuse. 
Mention spéciale à la bande-son, psychédélique et délicieusement électro (sauf la musique du générique de fin, c'était du Sia, ou quoi ? Beurk, mais je dois reconnaître que justement, ça colle bien avec cette image hypocrite d'une mode radieuse et ultra acidulée). Mention aussi très spéciale à Abbey Lee Kershaw, mannequin à la vie comme à l'écran, qui m'a fait froid dans le dos en interprétant son personnage à la fois fantomatique, vampirique et au bout du rouleau. Charisme et chair de poule. Tout ce que j'aime.
C'est tout pour The Neon Demon. Si vous avez envie de voir des fontaines de paillettes et des top models gerber des yeux sur un tapis bleu, pourquoi pas. C'est marquant, c'est grandiose. C'était un super trip, qui part en vrille au bon moment, comme toujours chez Refn. Un super trip, juste visuel. Mais un super trip quand même.






Commentaires

Articles les plus consultés